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Finalité sans Fin

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Finalité sans Fin

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Finalité sans fin : par ces mots, dans sa Critique de la faculté de juger, Immanuel Kant exprimait une relation entre l’émotion esthétique, le jugement de goût ressenti devant la beauté dans la nature qui, si elle a une fin, une raison d’être, ne nous est pas véritablement compréhensible, donc désintéressée, et la sensation, parfois analogue, éprouvée pour une œuvre d’art. L’ouvrage d’art est motivé dans sa conception en vertu d’une certaine utilité, qui peut faire l’objet d’une connaissance, il est donc intéressé. Quand le plaisir esthétique éprouvé pour une œuvre de la nature, une fleur, un paysage, est le même pour une œuvre d’art, alors celle-ci aussi est désintéressée, sans fin, une finalité sans fin.

Finalité sans fin est un terme, comme le soulignait Claude Lévi-Strauss, pour désigner l’objet d’art absolu. L’objectif de cette démarche, la présentation des 30 œuvres d’art premier qui composent notre exposition, issues forcément de régions bien éloignées de celle où Kant puisait son inspiration et sa pensée, est de mettre en évidence un lien historique et poétique entre ces artistes lointains et l’occident qui contemple ces œuvres aujourd’hui. C’est à la faveur de l’esprit des lumières, dont Kant est l’une des figures les plus représentatives, en exhortant à une prévalence de la raison, de la connaissance et de l’ouverture d’esprit, sur la paresse et la lâcheté intellectuelle générées par les dogmes. C’est un trait d’union entre de beaux esprits, très littéraires, les arts premiers étant une forme d’écriture qui, tel le mythème en mythologie, embrasse d’un seul coup un large concept dont l’élaboration obéissait à une sémiotique stricte, où chaque élément est un signe. Ces créations et ceux qui les ont réalisées, étaient imprégnés d’une tradition de la parole, littérature orale, ayant une portée dont nous soupçonnons rarement l’étendue, la puissance métaphorique et la poésie. il est évident que cette sélection d’œuvres, ces finalités sans fin, offertes à la vue pendant notre exposition et par la publication qui l’accompagne, ont été créées dans un environnement d’émulation intellectuelle, où la force esthétique exprimait, comme Kant le dépeignait, une nature humaine désintéressée.

Finalité sans fin aussi en jouant sur la polysémie des mots, car les d’œuvres d’art premier données à voir, du Congo, du Gabon, de la Côte d’Ivoire, de la Nouvelle-Guinée et d’autres lieux encore, sont des finalités, des aboutissements dans leur corpus original ancien et fini, révolu, où se mêlent perfection et tendre émotion, et qui sont peu ou pas connues encore du public. Elles sont une extension sur la fin d’un monde, des summums qui affirment, pour paraphraser encore une fois Lévi- Strauss, « qu’elles seules apportent l’évidence qu’au cour des temps, parmi les hommes, quelque chose s’est réellement passé ». Depuis lascaux, pour ce qui nous en est connu, par ces évidences, cette gloire préservée rassure. Gardiens et passeurs, quelques éminents collectionneurs nous honorent de leur généreuse confiance en nous prêtant, le temps de BRUNEAF- CULTURES, ces fleurons qui tranquillement acquièrent le statut impérieux de patrimoine pour toute l’humanité. Leur histoire n’est pas finie.