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Les bois qui murmurent - La grande statuaire Lobi

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Les bois qui murmurent - La grande statuaire Lobi

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L’installation, et la publication qui l’accompagne, avait pris corps comme une évidence dans mon esprit, en latence depuis toujours. Elle a l’ambition d’orienter le regard parmi les sculptures nombreuses produites au sein de cette large population que constituent « les tribus du rameau Lobi  » 1 . Figures essentiellement anthropomorphes, elles sont nommées selon leur usage thílkòtína, thílbià, ou bùthìba ; ce dernier terme est parfois traduit par « les bois qui parlent » ou « les médicaments qui murmurent », ce qui a inspiré le titre de l’exposition : « Les bois qui murmurent ». Parce qu’elles parlent aussi ici et maintenant, ces représentations portent un code, une sémiotique. Elles murmurent encore et toujours que l’esprit de l’art a soufflé, celui-là même qui peut rendre universellement magistrale toute œuvre humaine. Autrefois, lors des cycles rituels et d’initiations, ou en activant le patrimoine mythologique, chaque culture « première » pouvait atteindre un climax et générer une puissante émulation intellectuelle que reflète et transporte jusqu’à nous les plus belles œuvres d’art produites ; ceci indépendamment du degré de complexité technologique ou social hérité. L’art lobi, au contraire d’une idée largement répandue, s’inscrit pleinement dans cette perspective, et c’est ce que cette exposition propose de démontrer. La grande statuaire lobi, au premier abord, est discrète : dépouillée dans ses lignes, sans apprêt, la patine sèche. C’est majoritairement parmi les thílkòtína que se rencontrent les œuvres les plus remarquables, figures d’ « ancêtres accomplis » issues vraisemblablement de paires dissociées au cours du temps car ce mot, thílkòtína, semble ne pas exister au singulier. On le comprendra en lisant l’étude de synthèse de Viviane Baeke qui suit, elles sont l’aboutissement d’un long processus d’ancestralisation et un achève - ment dans la carrière d’un sculpteur ritualiste. Il est intéressant de noter que parmi ces œuvres les plus accomplies se trouvent aussi souvent celles qui offrent l’apparence de la plus grande ancienneté. Davantage éphémères, de multiples autres figures ne devaient donc pas nécessairement être abouties. Sobre parmi les sobres, la fulguration artistique chez les Lobi reste dissimulée  : dissimulée à l’origine dans la pénombre d’un thílduù, autel-sanctuaire familial où seul le chef de maisonnée pouvait pénétrer ; et dissimulée encore aujourd’hui au regard d’un grand nombre, encore quasi absente des anthologies sur les arts africains ; le temps est révolu de consi - dérer l’art lobi comme mineur, il doit maintenant compter avec ceux des arts africains qui sont déjà entrés au panthéon des arts classiques.

 

Serge Schoffel